Bijoux antillais

Bijoux antillais - Définition et historique

Définition

Etymologiquement, le mot bijou désigne un objet précieux, ouvragé, servant de parure. Ce mot serait emprunté à la langue bretonne, bizou désignant un anneau pour le doigt. Il peut signifier un chef d’œuvre ou un objet très élégant ou peut qualifier un enfant beau, intelligent, aimé par ses parents.

Le mot antillais vient de Antilles. Ce nom viendrait du portugais « ante-ilhas », qui signifierait « les îles d'avant ». Il est dérivé du latin Antillia, île légendaire située à l'ouest de l'Espagne. En 1492, Christophe Colomb, parti à la recherche de l'Antille que sa carte lui indiquait, découvrit différentes îles. Il pensait qu’il s’agissait les Indes occidentales. En 1516, on leur attribue le nom de l'île légendaire « ante-ilhas ».

Les Antilles sont composées des Grandes Antilles et des Petites Antilles, vaste archipel de 3500 km de long situé dans la mer des Caraïbes. Plusieurs langues y sont parlées dont la langue créole. La langue créole est parlée dans les Antilles, dans des îles de l’océan indien comme les Seychelles, la Réunion et l’île Maurice. C’est îles sont le berceau des bijoux antillais.

Historique

Depuis la préhistoire, l’homme a aimé fabriquer des parures. Il utilisait des matières minérales et animales puis il a façonné les premières perles. Avec l’apparition du métal, et en particulier de l’or (de 4600 à 4200 avant J.C), les Celtes en Europe, les peuples précolombiens en Amérique, les peuples d’Afrique de l’Ouest développent l’art de l’orfèvrerie. Les bijoux antillais sont le résultat d’un savoir-faire marqué culturellement par les différentes colonisations occidentales et les sociétés esclavagistes qui s’étaient implantées aux Antilles au XVIIème siècle lors du commerce triangulaire.

Les premiers bijoux antillais étaient des anneaux d’or, des boucles d’oreilles et de chaînes forçat portés par les esclaves favorites. Les techniques d’orfèvrerie antillaise se sont enrichies des apports des pratiques africaines, indiennes, européennes. Au XVIIIème siècle, beaucoup d’esclaves « Apprentis orfèvres » furent envoyés par leurs maîtres en Europe pour se former. Ils ont ainsi donné naissance aux bijoux antillais traditionnels en or, avec des pierres précieuses et semi-précieuses, de l’ambre, du corail.

Bijoux antillais – Bijoux traditionnels ou contemporains

Les bijoux antillais traditionnels :

Les colliers antillais

Le collier créole est l’élément principal de la parure traditionnelle des bijoux antillais. On distingue: le collier-forçat, succession de paires de boucles ovales creuses, lisses et striées porté en ras du cou, en collier ou en sautoir. Le collier-choux est une succession de boules d’or enfilées sur une chaînette. Le collier grain d’or est composé de boules d’or, alors que le collier « Gros sirop » se présente sous forme de chaîne formée de paires de mailles emboîtées les unes dans les autres. La « Marchande de sirop », est formée d’une succession de bagues plates verticales et horizontales soudées les unes aux autres.

On trouve aussi : le collier à mailles concombre, chaîne en mailles ovales avec intérieur en filigranes, les colliers « Corail » et « Ambre » , baguettes ou perles d’ambre et de corail liées par une chaîne d’or ou un fil coton, le collier gourmette, succession de mailles biseautées et mailles lisses. Le barillet qui sert de fermoir pour le collier antillais est en forme d’octogone, à facettes planes ou à motifs, en forme de noix, ouvragé avec des fleurs ou incrusté de pierres. Les cassolettes sont de petites médailles ornées de pampilles ornant le collier torsadé « Gros Sirop ».

Les boucles d’oreilles :

Les bijoux antillais comptent une dizaine de types de boucles d’oreilles. Le Jonc, Les Créoles sont formées d’anneaux de dimensions et d’épaisseur variables. On trouve aussi : les Dormeuses à fleurs, les Dormeuses avec diamants, les Pommes cannelles avec anneaux de dimensions et épaisseurs variables, de forme conique et avec un grain d’or. Il y a aussi les Dahlias, boucles circulaires en or, aplaties, remplies par des corolles avec un grain d’or, le Tété négresse, un cercle granulé or avec des fleurs arrondies ponctuées par de petits grains d’or, les Pampilles formées avec des nattes minuscules qui se terminent en boucles d’or pendantes fixées par une tige à l’oreille.

Les « Anneaux clous », sont des cylindres vides enroulés les uns aux autres comme un petit panier et fixées à l’oreille par une tige courbée. Les Fagots de canne sont formés d’un enroulement de petits cylindres liés par une feuille d’or imitant le cordage de cannes à sucre. Les Feuilles de vigne sont constituées d’un cadre annulaire ovale avec feuilles de vigne et grappe de raisin. Les boucles à grains d’or, à grains choux et en maille forçat peuvent être intégrées à certaines parures. Les chenilles sont formées de fins fils d’or torsadés.

Les bagues, bracelets et bijoux de la « tête »

Les bagues apparaissent à la fin du XIXème siècle dans le même style des boucles d’oreilles et des colliers. Les bracelets sont assortis aux colliers sauf le bracelet grain d’or composé de plusieurs rangs de demi-sphères d’or liées par une petite chaîne. Le bracelet Jonc rond, anneau d’or lui est composé de 2 parties mobiles articulées et reliées par une chaînette. Le Jonc plat est de conception semblable à celle du Jonc rond. Le bracelet esclave fabriqué en or est inspiré des bijoux antillais du XVIIème siècle, avec fermoir, comportant un morceau de chaînette.

Elégamment posée sur la partie antérieure ou postérieure de la tête et assortie à la coiffe, l’épingle à cheveux antillaise est formée de 3 cercles ou d’un croissant de lune en or serti de pierres précieuses ou semi-précieuses. Les barrettes en or de forme ovale ou en filigrane sont portées par paire au dessus des 2 nattes, sur les 2 côtés de sa tête. Bijou antillais plus rare, l’épingle tremblante se portait sur la partie antérieure de la tête. Elle était formée par 3 fils d’or torsadés et liés par un grain d’or.

Les bijoux antillais contemporains

Les artisans bijoutiers antillais d’aujourd’hui ont su préserver la tradition et apporter une touche contemporaine aux bijoux antillais. Ils exercent leur talent créatif en utilisant et en les conjuguant des métaux très variés: l’or blanc, l’argent, le cuivre trempé or, l’oxyde de zirconium, l’acier luisant. Ils utilisent des pierres précieuses et semi-précieuses variées comme le grenat, l’améthyste, l’aigue-marine, le rubis, la citrine, l’émeraude, le saphir, les grains de diamant, le cristal swarovski, l’hématite et le strass.

Ils innovent et subliment les bijoux antillais grâce à la richesse symbolique de leurs motifs traditionnels. Ils les revisitent et en dessinent de nouveaux: ananas, carambole, piment, fruit à pain, arbre du voyageur, cocotier, hibiscus, arum, bambou, oursin, cartes de territoires créoles (la Martinique, la Guadeloupe, Haïti, la Guyane, La Réunion et Mayotte). Ils créent des parures contemporaines uniques, artisanales ou fantaisie que l’on peut porter aux Antilles, à Paris et ailleurs quelque soit l’âge, la condition sociale de celle ou celui qui le porte. Les bijoux antillais modernes se déclinent désormais en colliers, bagues, boucles d’oreilles, chaînes de chevilles, chaînes de mains, chevalières, médailles, gourmettes pour bébé ou piercing.

Bijoux antillais - Symboliques, fonctions et fabrication

Symboliques

Dans le passé, le bijou antillais était plus qu’un accessoire esthétique et ornemental. Il était un symbole de reconnaissance pour les nourrices qui recevaient des grains d’or en reconnaissance de leur dévouement. Il était un symbole de l’ascension sociale pour les esclaves favorites qui arboraient des colliers en or offerts par leur maître. Il était un symbole de sécurité pour les esclaves qui investissaient dans l’achat de bijou en or pour acheter leur liberté ou faire face aux aléas de la vie. L’épingle tremblante d’une nourrice évoquait les étapes vécues par l’enfant du maître qui lui avait été confié. De plus, le port du bijou antillais était strictement codifié en fonction de l’âge, du costume, de la circonstance ou de la condition sociale. 

La dénomination des bijoux antillais évoquait et évoque encore symboliquement des événements de l’histoire des Antilles, du travail dans les plantations. La chaîne forçat, le tété négresse, les fagots de cannes… en témoignent. Le nom des bijoux évoque également la faune et la flore antillaise : pomme cannelle, dahlias, jonc…

Fonctions

De nos jours, le port et le don des bijoux antillais ont surtout une fonction esthétique, sociale ou sentimentale. Le bijou est associé aux rites qui rythment la vie antillaise. Il se porte lors d’un événement familial, d’une soirée, d’une cérémonie. Avec la traditionnelle « Grand robe », on porte le Collier « Gros Sirop » et « Marchande de sirop ». Pour ses vertus médicinales, on porte le collier « Corral » ou « Ambre ». Pour un deuil et selon les coutumes locales, on porte la broche araignée. Les jeunes et les moins jeunes peuvent arborer des boucles d’oreilles « coup de foudre », des sautoirs à effervescence turquoise ou magenta, des parures rappelant celles des princesses Inca...

Le bijou antillais est offert pour matérialiser le souvenir d’un événement. On offre les Joncs à la fillette lors du percement de ses oreilles. On offre des Créoles à la jeune fille lors du saint sacrement (sacre eucharistique). On offre la bague formée de 3 boules d’or à la jeune fille pour ses fiançailles. Le parrain et la marraine offre le bracelet portant l’identité, la carte en pendentif et la broche en roses à leur filleul. A l’occasion d’un baptême ou d’une communion d’un enfant, on lui offre des Louis d’or.

Fabrication

Fabrication artisanale

Certains artisans antillais utilisent encore de l’or natif produit par la mine sous forme de poudre. D’autres se spécialisent dans les bijoux antillais en filigrane (2 fils très fins et torsadés) en utilisant des lingots d’or 18 carats. Pour le purifier, l’or est chauffé puis mis durant 8 jours dans un bain acide. Après lavage, il va bouillir dans une eau pure. La température de fusion va de 850° à 1000°. Le coulage en lingots et le laminage permettront d’obtenir des morceaux très fins facilement modelables. Pour obtenir les différentes teintes de l’or, on l’allie à différents métaux: or + argent ou cuivre pour obtenir de l’or jaune ou de l’or rose, or + cuivre pour obtenir de l’or rouge, or + l'argent pour obtenir de l’or vert, or + fer pour obtenir de l’or bleu.

Les artisans utilisent les différentes méthodes de chauffage, moulage, laminage, découpage, façonnage de l’or et de l’argent pour façonner les bijoux antillais. Ils utilisent différentes techniques, notamment les estampes qui permettent de faire des incrustations comme les fleurs ou les feuilles. Le façonnage de boules se compose d’une rondelle en or coupée en 2 puis fondue, coulée dans 2 demi-sphères vides appelées bouterolles, puis martelées pour en faire 2 coquilles qui sont striées et soudée pour façonner une boule de collier. La fabrication artisanale permet de réaliser des bijoux antillais qui sont des pièces uniques.

Fabrication industrielle

L’artisan bijoutier utilise un procédé de moulage à la cire perdue pour façonner les bijoux antillais en or, en argent, en acier ou en plaqué or. Avec de la cire, il crée des prototypes de bagues et de boules. Les pièces moulées en cire sont placées dans un cylindre plein de plâtre qui sera durci puis le cylindre est chauffé. La fonte et la liquéfaction totale de la cire crée un vide qui sera rempli par le métal liquide du futur bijou antillais (or, argent, acier. . .).

Plus tard, le cylindre est placé dans l’eau qui dissout le plâtre libérant les pièces voulues en or, en argent ou en acier. Les pièces sont ensuite polies et soudées pour donner le bijou final. La fabrication industrielle de bijoux antillais permet de réaliser des pièces en nombre. La fabrication industrielle de bijoux, conduit parfois a une certaine uniformité. Par contre la fabrication artisanale de bijoux antillais, conserve un aspect unique et authentique.

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